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Sciences Humaines et Mangas

Bakemonogatari (T.2) : De la relation individuelle au groupe

7 min read

Salutation cher(e)s otakus,

J’espère que vous allez bien, et que vous passez une douce après-midi. Pour ma part, ce fut une journée aventureuse, basée sur la lecture de différentes œuvres, dont celle de Bakemonogatari. Je reviens donc vers vous afin de vous partager mon interprétation, en espérant que celle-ci alimentera votre désir de lire cet ouvrage (si ce n’est pas déjà fait).

Je vous invite également à lire l’article précédent, sur le tome 1 de Bakemonogatari, et à m’en partager votre avis sur ce dernier.

En vous remerciant pour votre attention, votre lecture et surtout,

Au plaisir de vous lire,

Bluwenn.

Présentation de l’oeuvre

化物語 alias Bakemonogatari est un shonen dessiné par Oh!Great (Air Gear) et scénarisé par NisiOisiN (Death Note – Another Note). Bakemonogatari, en japonais, est un mot-valise signifiant à la fois « monstre » et « histoire », nous dévoilant ainsi un premier indice sur son contenu métaphorique ! Cette oeuvre est prépubliée au Japon dans le célèbre Shonen Magazine, avant d’être éditée chez Kôdansha.

Aujourd’hui, c’est grâce aux éditions Pika que nous retrouvons ce shonen en France. 

Synopsis :

Le jour de la fête des mères, Koyomi et Araragi tombent par hasard sur une enfant égarée du nom de Mayoi. Hitagi, qui se sent redevable envers Koyomi après l’affaire de la chimère crabe, décide de lui prêter main-forte pour aider la petite à retrouver le chemin menant au domicile de sa mère. Mais la bienveillance des deux amis pourrait bien leur avoir fait de nouveau franchir la frontière qui sépare leur monde de celui des chimères…

Présentation des personnages

Koyomi Araragi

Lycéen

Araragi a été victime d’une vampire légendaire, qui lui a transmis des pouvoirs.

Senjōgahara Hitagi

Lycéenne

Hitagi a été victime d’une entité chimérique nommée « Kani », un crabe qui lui a ôter la quasi-totalité de sa pesanteur.

Hachikuji Mayoi

Collégienne

Mayoi est victime d’une malédiction l’enfermant au cœur d’un labyrinthe.

Pourquoi ce manga suscite-t-il autant d’intérêt ?

Point de vue personnel

Bakemonogatari est une oeuvre somme toute particulière. J’en ai énormément apprécié ma première lecture, notamment grâce aux divers points psychologiques abordées au sein de l’oeuvre, tel que le concept de résilience. Afin d’avoir plus amples explications, je vous redirige vers l’article suivant :

De plus, il me doit de vous partager mon second avis, en raison de la surprise que cette lecture m’a suscité. En effet, même si nous restons dans les grandes lignes sur les mêmes procédés via une réflexion des problématiques individuelles à travers la métaphore d’une chimère, une nouvelle dimension s’accorde à cette oeuvre, à savoir : la notion de groupe. C’est pourquoi, il m’a paru intéressant d’orienter ce second article sur ce versant, mais aussi afin de vous partager l’ingéniosité de cette nouvelle dimension pour aborder les problèmes vécues par la petite Mayoi.


Qu’apprenons-nous sur la relation d’Araragi et d’Hitagi ? Quels codes vont venir être bousculés suite à la création du groupe ?

Histoire, rôles et influences

Araragi et Hitagi, suite aux événements précédents, ont désormais un vécu, une expérience en commun. De ce fait, ces deux protagonistes révèlent un « attachement » inavoué l’un envers l’autre, se manifestant dès lors à travers de multiple phrases jouant sur cette ambiguïté.

Au cœur du premier volet, Araragi tenait le rôle du « sauveur » et Hitagi, de la « victime ». De ce fait, nous pouvons alors observer une asymétrie dans leur relation interpersonnelle, dont Hitagi essaie de renverser en signifiant vouloir « payer sa dette », au détour de suggestions libidinales, puis via son implication personnelle pour la quête entreprise par Araragi.

Araragi, lui peine à s’extraire du rôle du « sauveur ». Nous pouvons même affirmer qu’il court derrière ce titre, quitte à se mettre en danger, lui et ses proches. Ainsi nous pouvons nous demander, si ce dernier ne veut-il pas aider, pour se « réparer » lui-même.

Araragi et Hitagi sont des protagonistes psychologiquement « brisés », en quête d’un devenir incertain. Leur mal-être, ou plus spécifiquement, leurs blessures font échos entre elles, tandis que l’expression de ces dernières sont diamétralement opposées. Araragi se centre sur l’altérité, alors qu’Hitagi se centre davantage sur elle-même. Ainsi, pouvons-nous soumettre l’idée de l’émergence d’une certaine complémentarité entre ces deux protagonistes, voire une certaine alchimie ?

Qu’est-ce qu’un groupe ?

Définitions et axes de pensées 1.0

Afin d’enrichir au mieux notre pensée autour de la dimension groupale, nous allons nous appuyer sur l’ouvrage psychologique de Didier Anzieu intitulé La dynamique des groupes restreints. Pour ce faire, nous allons débuter ce premier paragraphe à travers une citation de ce dernier :

« Le petit groupe représente pour les êtres humains un lieu simultanément ou alternativement investi d’espoirs et de menaces. Entre la vie intime (celle du couple ou du recueillement solitaire) et la vie sociale (régie par des représentations et des institutions collectives), le petit groupe peut fournir un espace intermédiaire qui tantôt redonne vie aux liens, et tantôt aménage les écarts indispensables entre l’individu et la société. »

La dynamique des groupes restreints, de Didier Anzieu.

Ainsi, nous pouvons dès lors notifier une corrélation entre cette citation et le scénario mis en avant dans le deuxième opus de Bakemonogatari. Mayoi, victime de la malédiction de l’escargot perdu, est une âme solitaire cherchant désespérément à retrouver sa mère, en dépit du labyrinthe dans lequel celle-ci se retrouve enfermée. Le groupe restreint naissant de cette quête, investi ce labyrinthe sous la forme d’un « espoir commun » de résolution, malgré la « menace » pesant sur ces derniers.

A cela, nous pouvons ajouter que la notion de groupe peut également amener l’idée qu’à travers les caractéristiques communes et/ou objectifs communs se construit une certaine forme de cohésion sociale dans sa finalité. De fait, actionner la résolution des problèmes familiaux de Mayoi, dans une dimension thérapeutique, située entre l’imaginaire et le symbolique.

Bakemonogatari – Mayoi, Araragi et Hitagi

Définitions et axes de pensées 1.1

Kurt Lewin, psychologue américain d’origine allemande, spécialisé dans la psychologie sociale et comportementaliste, nous livre une nouvelle définition du groupe :

« Le groupe est considéré comme une totalité dynamique qui détermine le comportement des individus qui en sont membres ; c’est le champ des forces au sein duquel se produisent les phénomènes d’influence, de cohésion, de normes, de tension, d’attraction […] ».

Ici, nos trois protagonistes principaux constituent un groupe dit « primaire » ou « restreint ». Nous employons notamment cette dénomination pour définir les familles, ou encore les groupes se composant de 3 à 5 individus. Les relations humaines y sont riches, et appellent au changement, plus particulièrement autour des croyances et des normes de ces derniers au moment où ils se forment. Ainsi, la conscience des buts et objectifs est élevée, pouvant dès lors se rapprocher ici de la quête lancée par Mayoi. De plus, les actions communes du groupe se veulent importantes et spontanées.

Groupe restreint ou miroir symbolique ?

Transfert et affiliation

Araragi et Hitagi, de manière inconsciente, peuvent venir rejouer l’histoire familiale de Mayoi à travers leurs divers positionnements. Ainsi, les dysfonctionnements familiaux, ou plus particulièrement du couple parental, dont est témoin Mayoi se retranscrit également dans la dynamique groupale naissante, à savoir : disputes récurrentes, prises de positions opposées, père présent et mère distante (interprétatif de la vision de Mayoi).

Dès lors, nous pouvons affirmer qu’un potentiel transfert s’effectue à travers les projections de Mayoi sur Araragi et Hitagi, créant ainsi une certaine « affiliation » entre les pairs du groupe. De plus, si nous nous attardons sur la signification du nom de Mayoi : « illusion, égarement, confusion », cela peut venir renforcer cette dernière idée.

« L’absence d’harmonie avec ce qui nous entoure… est précisément ce qui nous amène à croiser des chimères , et c’est cette attitude spécifique qui m’avait fait entrer en harmonie avec autre chose »

Bakemonogatari, tome 2

5 thoughts on “Bakemonogatari (T.2) : De la relation individuelle au groupe

  1. Intéressant comme approche, et super recherches ! Je dois avouer que je n’ai tellement pas lu Bakemonogatari de la sorte, j’ai vraiment ressenti des relations individuelles entre Araragi et chaque nouvelle arrivante. C’est un peu ce qui me plaît, le côté « oreille » d’Araragi qui écoute seul les problèmes de ces demoiselles (après c’est peut-être parce que j’ai lu les Light Novel). Mais j’ai trouvé la réflexion intéressante malgré tout, bon travail 🙂 !

  2. Je suis contente si tu as en apprécié la lecture, et cette approche du manga, merci beaucoup 🙂
    Je lis également les light novel mais je pense que tu es plus loin que moi dans ta lecture. Aussi, j’ai relevé un point très spécifique de ce deuxième tome parce que cela m’intéressé, autant dans la problématique soulevée par la malédiction de l’escargot que dans les différents échos que l’on peut lire entre les différents protagonistes. A voir par la suite, si le schéma ce répète entre les tomes concernant Araragi (même si en effet il porte son écoute à chaque nouvel héroïne – il était et est toujours une personne en souffrance, cherchant des réponses à ses interrogations – d’où le rôle sauveur – il aide par bienveillance mais surtout pour se réparer lui-même):). Après oui, l’approche est peut être un peu différente et cela est probablement dû à ma formation d’éducatrice spécialisée où la psychologie est très présente dans notre métier et peut être cela a-t-il affiné ou du moins orientés mes perceptions sur le manga :).

  3. J’apprécie ton approche, et je la trouve légitime évidemment 🙂 Mais il est vrai que je mélange peut-être un peu tout, Araragi est somme toute parfois plus « passif » et moins directement en quête de sa propre réparation, notamment face à Kanbaru (si tu n’as pas encore lu, tu verras). Toute fois, je le répète, je trouve ça tout à fait intéressant, ce n’est pas quelque chose qui m’était apparu à la lecture 🙂

  4. Oui, après je pense que c’est ici que nos avis différaient au départ : j’ai plutôt tendance à affirmer que lorsqu’on aide une personne ou bien que l’on est dans un schéma d’entraide – il y a une certaine forme de valorisation du « moi », de l’ego et un processus de narcissisation (confiance en soi plus particulièrement) d’où le danger du positionnement du sauveur lorsque celui-ci n’est pas conscientisé (peut mener à des transferts et des faux percepts).
    Après, concernant Kanbaru (je n’ai pas encore lu alors je ne peux dire – mais tout dépend du degré de sa posture passive ? – en tout cas je comprends mieux où tu veux en venir maintenant) 🙂 Merci pour ton point vue, c’est intéressant à échanger !
    PS : Je m’apprêtais à dormir quand le téléphone a sonné – la réponse est peut être un peu hâtive 🙂 mais on peut reprendre la discussion demain si tu veux via Twitter avec plaisir !

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